Manger végé, punition ou solution?

L’initiative de la compagnie WeWork, qui a retiré la viande de ses menus, a récemment fait couler beaucoup d’encre. Pour quelques personnes, cette initiative est considérée extrémiste et brime la liberté de choix. L’Association des Professionnels de la Santé pour l’Alimentation Végétale (APSAV) tient à justifier pourquoi elle appuie cette initiative. Nous croyons qu’il s’agit d’une excellente façon d’encourager des choix alimentaires plus sains et écologiques auprès des employés de l’entreprise, sans toutefois imposer le végétarisme.

Un argument invoqué contre l’initiative de WeWork est que l’humain est omnivore et qu’il lui est essentiel de manger de la viande. L’humain a certes la capacité de manger de tout pour survivre, mais d’un point de vue nutritionnel, la viande n’est pas nécessaire.

D’un point de vue santé, la science est unanime et l’Organisation Mondiale de la Santé le confirme dans ses recommandations: nous devons opter pour une alimentation principalement végétale afin de prévenir les maladies cardio-vasculaires, le diabète de type 2 et certains types de cancer. (1). En effet, une alimentation végétale bien planifiée est riche en fibres alimentaires et en certains nutriments (potassium, magnésium, folate, etc.) dont l’alimentation des Québécois est actuellement déficiente (2).

Aussi, la consommation de viande rouge a été classée comme probablement cancérogène et celle de la viande transformée comme cancérogène par le Centre international de Recherche sur le Cancer en 2015 (3). De plus, l’ajout d’antibiotiques à l’alimentation des animaux d’élevage comme facteur de croissance contribue à la résistance aux antibiotiques chez l’humain, phénomène qui inquiète les autorités de santé publique (4).

En ce qui concerne l’environnement, près de 80 % des terres agricoles sont consacrées à l’élevage d’animaux alors que ceux-ci fournissent moins de 20% des calories consommées (5). On ne peut plus nier que l’élevage exerce une énorme pression sur les ressources en plus d’être une des sources principales de gaz à effet de serre (6).

En continuant à consommer autant de viande et d’autres produits animaux (qu’ils soient biologiques ou non), il ne sera pas soutenable de nourrir une population mondiale qui approchera les 10 milliards d’individus d’ici 2050.  

Nous sommes d’avis que la consommation de viande doit être revue à la baisse, car celle-ci menace non seulement la santé de la population mais aussi celle de notre planète. On a d’ailleurs appris ces jours-ci que l’humanité vit déjà sur des ressources naturelles empruntées (7)!

En tant qu’association, nous souhaitons que d’autres entreprises s’inspirent de l’initiative de WeWork. Nous croyons qu’il est innovateur d’offrir des repas sans viande dans les cafétérias d’entreprises. Nous suggérons même de faire du renforcement positif auprès des employés en leur offrant des avantages supplémentaires lorsqu’ils choisissent un repas végé au restaurant, sans nécessairement pénaliser ceux qui ne le font pas. Nous appelons également les restaurateurs à offrir des options végé afin de faire partie de la solution tout en desservant un segment grandissant de la population. Près de 10% des Canadiens se disent végétariens ou végétaliens, sans compter le nombre croissant d’omnivores qui cherchent à réduire leur consommation de viande (8). Nous croyons qu’il est important que ces initiatives s’accompagnent d’une campagne de sensibilisation aux impacts positifs d’une alimentation riche en végétaux.

Les nutritionnistes Hélène Baribeau, M.Sc., Dt.P., Marjolaine Mercier, Dt.P., Marilyne Petitclerc, M.Sc., Dt.P., Anne-Marie Roy, Dt.P. et Julie Taillefer, Dt.P. pour l’Association des Professionnels de la Santé pour l’Alimentation Végétale (APSAV).

Références :

  1. World Health Organization (n.d.). A Healthy Lifestyle. (En ligne) http://www.euro.who.int/en/health-topics/disease-prevention/nutrition/a-healthy-lifestyle (Consultée le 6 août 2018).
  2. Institut National de Santé Publique du Québec (2009). La consommation alimentaire et les apports nutritionnels des adultes québécois. (En ligne) https://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/931_RapportNutritionAdultes.pdf (Consultée le 6 août 2018)
  3. International Agency for Research on Cancer. Volume 114: Consumption of red meat and processed meat. IARC Working Group. Lyon; 6–13 September, 2015. IARC Monogr Eval Carcinog Risks Hum (in press). https://www.thelancet.com/journals/lanonc/article/PIIS1470-2045(15)00444-1/fulltext
  4. American Journal of Public Health (2015). Antibiotics Overuse in Animal Agriculture: A Call to Action for Health Care Providers. December; 105(12): 2409–2410. Published online 2015 December. doi:  10.2105/AJPH.2015.302870 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4638249/
  5. WWF (2016). Rapport Planète Vivante 2016. (En ligne). http://awsassets.wwfffr.panda.org/downloads/27102016_lpr_2016_rapport_planete_vivante.pdf (Consultée le 7 août 2018).
  6. FAO (2013). Tackling Climate Change through Livestock: A Global Assessment of Emissions and Mitigation Opportunities, Rome : Food and agriculture organisation of the United Nations.
  7. Le Devoir (2018). L’humanité a épuisé les ressources de la planète pour 2018. (En ligne) https://www.ledevoir.com/societe/environnement/533479/des-mercredi-l-humanite-aura-epuise-les-ressources-de-la-planete-pour-2018 (Consultée le 6 août 2018).
  8. La Presse (2018). Les jeunes plus susceptibles d’adopter un mode de vie végétarien ou végétalien. (En ligne) http://www.lapresse.ca/vivre/societe/201803/13/01-5157186-les-jeunes-plus-susceptibles-dadopter-un-mode-de-vie-vegetarien-ou-vegetalien.php (Consultée le 6 août 2018).